Il était une fois la cosmétique, la nature et nos ancêtres au 21ème siècle.

Ne côtoyons-nous pas de charmantes illusions au détriment d’une véritable cosmétique éthique ?

De nos jours, il est convenu que la cosmétique éthique repose davantage sur l’usage de matières premières naturelles et l’éco-responsabilité des productions. De surcroît, les histoires ancestrales autour de certaines créations pèsent de plus en plus comme argument de vente noble.

Toutefois, il semble qu’on passe à coté de l’essentiel, c’est à dire des vraies pistes de réflexions pour que le secteur de la cosmétique soit réellement en phase avec le bien de l’humain et de son environnement.

Le débat sans fin: Naturel vs Synthétique

Il est dommage de constater que les apports positifs de la Science sont affectés par la psychose du débat Naturel vs Synthétique.

Déjà, en cosmétologie, les mots Naturel et Synthétique ne sont pas contradictoires, ce sont des définitions autrement dit des termes d’identification.

Ces termes seraient plus pertinents s’ils étaient uniquement réservés aux matières premières et non aux produits finis. Surtout le mot « naturel ».

En effet, un produit cosmétique conçu (totalement ou majoritairement) à partir d’éléments naturels ne doit pas être qualifié de « produit cosmétique naturelle » mais plutôt « produit cosmétique d’origine naturelle ».

Comprendre que « Produit naturel » et « Produit d’origine naturelle » ne veulent pas dire la même chose évite de créer un marketing qui nourrit des amalgames et des illusions.

Les consommateurs ont besoin de comprendre qu’un produit cosmétique idéal, véritablement naturel pour la peau est un produit dont la composition et les fonctions sont en cohésion avec les éléments naturels de la peau ( notamment le microbiome ). C’est un produit qui encourage ce que la peau fait déjà elle-même pour son bien.

Un produit cosmétique, même s’il est 100% d’origine naturelle (végétale, minérale, animale) mais qu’il ne respecte ni la peau ni sa mère ( la nature ), il n’est alors pas un produit naturel. En cosmétique, ce n’est pas ce que nos yeux trouvent naturel qui compte. C’est ce que la peau trouve naturel qui compte.

De ce fait, l’origine naturelle ou synthétique des composants n’est pas le débat à tenir si on veut aborder avec pertinence l’impact sanitaire et écologique du domaine de la cosmétique.

Nous sommes au 21eme siècle. Il faut prendre conscience que nous sommes à une époque où la cosmétique s’adapte en permanence aux nouveaux styles de vie, à l’urbanisme, aux problèmes écologiques, à la mondialisation, aux rebondissements du système économique, aux troubles mentaux et à tant d’autres choses. Les compétences et champs de vision du cosmétologue évoluent de plus en plus.

On n’imagine pas le supplice que le combo Greenwashing + Chimiophobie fait subir aux cosmétologues avant-gardistes et innovateurs.

La cosmétique, ce n’est pas pile ou face, blanc ou noir. Il n’y a pas d’extrême. Tout n’est qu’harmonie de stratégie et d’instinct. Nuance, nuance, nuance. Évolution.

L’heure n’est plus aux débats animés par des affirmations classiques telles que « Ceci n’est pas directement de la nature donc c’est mauvais ». Nous ne sommes plus au début des années 2010.

Actuellement les 2 vraies préoccupations sont:

  • Au niveau d’un territoire donné, quelles ressources de la nature valoriser en cosmétologie pour avoir retombées socio-économiques et écologiques positives ?
  • Quels substances soutiennent les fonctions naturelles de la peau et quelles sont les meilleures manières de les extraire ou reproduire puis de les STABILISER ?

Ce sont les thématiques à prioriser afin de justement éviter les tragédies sanitaires et écologiques de certaines substances ( d’origine naturelle, synthétique ou artificielle ) qui ont malheureusement marqué les décennies passées. C’est ainsi qu’on parvient à créer des produits véritablement éco-responsables ( sains pour l’humain et l’environnement ).

Un regard plus fin sur l’éco-responsabilité

Les produits cosmétiques éco-responsables méritent tous les honneurs pour leurs avantages écologiques comme sanitaires. Cependant, il faut reconnaitre qu’en réalité ils ne freinent pas, comme on l’espère, les problèmes environnementaux générés par le secteur de la cosmétique.

L’explication à cela est simple. Le fait est qu’eux aussi problématiques s’ils sont surconsommés. Toute production ( pour satisfaire la demande ) emploie de l’énergie !

La vérité est que la meilleure façon d’aider l’environnement: c’est l’arrêt de la surconsommation.

Les produits cosmétiques éco-responsables, cleans ne sont pas inutiles, c’est d’ailleurs une bénédiction. Mais on doit arrêter de les surconsommer. De vouloir toujours plus, plus, plus sur une très courte durée pour au final tomber dans des désillusions permanentes.

Les principaux moyens de ne pas tomber dans la surconsommation cosmétique sont

  • la valorisation de l’autonomie de la peau,
  • le respect de l’alimentation,
  • une meilleure organisation des rituels de soin.

La beauté de la peau ne dépend pas fondamentalement de la cosmétique.

Et qu’en est-il donc de la cosmétique ancestrale ?

La « cosmétique ancestrale » n’existe pas.

Il ne faut pas confondre. Il y a Matières de soins ancestraux ET Rituels de soins ancestraux.

Les rituels de soins ancestraux, ce sont les pratiques qui étaient basées sur un ensemble de règles et de sciences locales afin d’avoir des résultats spécifiques.

Les matières de soins ancestraux sont les ressources que les anciens utilisaient. Et il est possible de les retrouver aujourd’hui. Exemple : thé vert, lait, huiles végétales, riz, etc. On appelle cela une pharmacopée. D’ailleurs, la chimie explique directement la composition moléculaire des matières utilisées dans le passé et de ce fait beaucoup savent exactement comment les intégrer dans la vie moderne.

Dans le domaine de la cosmétique, l’argument « ressource naturelle utilisée depuis des millénaires» montre simplement qu’il s’agit d’un patrimoine et cela fait plaisir de savoir qu’on ne le perd pas. Par contre, il ne faut pas toujours s’attendre à avoir des effets satisfaisants si on ne s’intéresse pas aux rituels, aux règles et sciences du passé autour de cette ressource.

Par exemple, beaucoup de femmes courent derrière les produits cosmétiques à base de Chébé et puis sont déçues de ne pas avoir les mêmes résultats que les femmes du Tchad. La vérité est qu’elles n’utilisent pas le Chébé selon les règles des tchadiennes. La différence des réalités socio-culturelles ne le permet pas à la majorité ( les cheveux gras en permanence en plein centre ville… oui ce n’est pas très intéressant ).

Et maintes situations similaires…

On ne peut pas mettre une pratique ancestrale et toutes les ondes qui l’entourent dans un pot. Les soins ancestraux vont au-delà de la cosmétique.

En vérité, dans le secteur de la cosmétique, il serait plus sage de s’inspirer de l’ancestralité pour des raisons écologiques et économiques. En effet, malgré qu’un des avantages du 21ème siècle est de pouvoir découvrir des centaines de ressources que des anciens ont connues, il faut comprendre que prendre soin de soi comme les ancêtres s’agit surtout de savoir s’adapter aux disponibilités des ressources de l’endroit où l’on est. Il est peu probable que dans le passé, il soit été possible de commander une huile végétale de Madagascar et se faire livrer cela au Togo en 5 jours pour combiner à une recette capillaire inspiré de la Somalie.

Sur le plan psycho-affectif, les soins ancestraux ont également beaucoup à nous inspirer. On se demanderait pourquoi les rituels de soins ancestraux ne sont plus connus. Les allergies et intolérances pourraient justifier cela, toutefois elles ne sont pas la raison la plus pertinente pour expliquer pourquoi des rituels de soins ancestraux ne sont plus d’actualité.

Si aujourd’hui, des rituels de soin ancestraux ne survivent pas, c’est tout simplement parce qu’ils reposent sur une solidarité qui tend à ne plus exister.
Il y a des soins qui nécessitent d’autres mains.
Peu nombreux sont les soins ancestraux qu’une personne peut faire toute seule… Le temps et l’énergie qu’ils nécessitent en est la raison. Mais la principale raison est la recherche de connexion pour se sentir « plus ancré (e) ».
Même lorsqu’une personne s’occupait d’elle-même, elle préférerait le faire en groupe…
Il est important de prendre soin de soi avec des personnes qui nous aiment, ou qui nous estiment, ou qui partagent les mêmes valeurs que nous.

La cosmétique ne pourra jamais combler cela.
Elle est principalement conçue pour des soins individuels. Et c’est une bonne chose en soi, ne serait-ce que pour le temps qu’on gagne. Mais cela ne justifie pas qu’on l’autorise à constamment nous isoler.

On ne pourra jamais mettre dans un pot l’humanisme, l’amour, la complicité, la chaleur humaine…

Nous pouvons (ré)apprendre à s’entretenir les uns les autres. Ou faire des soins en communauté.

Du self care oui, mais grâce à l’autre, avec l’autre.
Penser Collectivité et Vulnérabilité saine.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Livraison gratuite dans toute la région de Dakar et Thiès à partir de 35 000 Fcfa d'achat

X